Les droits de diffusion du championnat de France de football de Ligue 1 n'ont pas trouvé preneurs. La Ligue de football professionnel (LFP) a choisi, jeudi 31 janvier, tard dans la soirée, de ne pas attribuer les douze lots mis aux enchères pour les saisons de 2008 à 2012.
Le conseil d'administration de la Ligue a décidé de mettre en branle la deuxième phase de la procédure de l'appel d'offres qui couvrira l'ensemble des lots (des plus belles affiches de la saison disputées le dimanche soir au magazine du lundi) et qui interviendra dans les prochains jours. L'organisation de ce deuxième tour signifie que la LFP n'a pas obtenu le montant minimum qu'elle s'était fixé. Il y a quelques semaines, Frédéric Thiriez, président de la LFP, et Jean-Michel Aulas, l'influent président de l'Olympique lyonnais, avaient valorisé les droits de retransmission de la Ligue 1 à 750 millions d'euros par an.


Selon nos informations et les pointages effectués par certains des enchérisseurs, le total des sommes proposées jeudi serait cantonné entre 400 millions et 450 millions d'euros. Un montant qui ramène la Ligue au temps du deuxième appel d'offres remporté par Canal+ face à TPS en 2002. Une somme, très en deçà, surtout, des 653 millions d'euros versés aujourd'hui principalement par Canal+ (600 millions) et Orange (29 millions).Cette fois, Canal+ n'aurait mis sur la table qu'environ 250 millions d'euros pour obtenir le droit de continuer à diffuser en direct les matches du championnat de France. Malgré ce contretemps, la LFP tente de faire bonne figure. Dans un communiqué, elle spécifie qu'il y aurait "une réelle compétition entre deux acteurs désormais majeurs". Selon la Ligue, Canal+ doit faire face à la concurrence de l'opérateur de télécommunications Orange, y compris sur les lots Premium (les matches les plus prisés du samedi et du dimanche soir). Toutefois, il semble qu'Orange n'a pas desserré en grand les cordons de sa bourse. Selon nos informations, la filiale de France Télécom aurait formulé une offre plus importante que Canal+ sur le lot Premium 3 - qui concerne les 38 matches du samedi soir - avec un montant de 140 millions d'euros. Mais sur l'ensemble des lots, Orange n'aurait proposé "que" 200 millions d'euros. Bien loin de la somme espérée par la Ligue et les clubs. Et le lot "mobile" (la diffusion des matches de l'après-midi sur téléphone portable), pourtant taillé sur mesure pour l'opérateur - qui détient aujourd'hui ces droits -, n'a pas trouvé preneur. Sur ce lot, Orange serait même talonné par SFR.
Les prix de réserve fixés par la Ligue n'ont été atteints sur aucun des lots. Cette faiblesse, relative, des enchères semble donner raison à la chaîne cryptée. Partie en guerre contre l'organisation de l'appel d'offres, Canal+ a toujours soutenu que la fragmentation des droits de retransmission de la Ligue 1 en douze lots diminuait la valeur de chacun d'entre eux.
A l'examen, il apparaît que Canal+ a pris la LFP à son propre piège. La chaîne aurait ainsi très subtilement réparti ses enchères sur les lots Premium. Un savant dosage qui a toutefois permis à un nouveau concurrent, Orange, de se positionner face à la chaîne à péage sur le meilleur du football. Outre la montée en puissance de ce nouveau poids lourd rival de Canal+, l'autre surprise est survenue dans la bataille pour l'obtention du lot concernant le magazine dominical. France Télévisions, qui avait déjà chipé Téléfoot à TF1 pour la saison 2007-2008, serait à nouveau arrivée en tête.
Après ce premier tour infructueux, le règlement, taillé sur mesure par la LFP, lui permet d'ouvrir des "discussions" avec tous les candidats ayant remis une enchère, qualitative ou financière, sur au moins un lot. A défaut d'obtenir encore une fois la manne recherchée, la Ligue peut solliciter de nouveaux opérateurs qui n'auraient pas participé à la première phase de l'appel d'offres. Cette deuxième phase pourrait permettre à Canal+ d'obtenir satisfaction sur le découpage des lots. En effet, la LFP pourrait recomposer son offre à l'occasion de négociations de gré à gré avec les opérateurs, et notamment Canal+ et Orange.
Il reste que la chaîne à péage a contesté en justice cette disposition. Le tribunal de grande instance de Paris doit décider, le 19 février, s'il annule ou non l'appel d'offres lancé par la Ligue.