<b>Avec le passage au tout numérique en juin 2015, le gouvernement envisage la création de chaines gratuites camerounaises. Problème soulevé toutefois: la question du contenu

Le gouvernement envisage de créer 30 chaines gratuites camerounaises en vue de l’arrimage à la Télévision numérique terrestre (TNT) en juin 2015. C’est le délai fixé par l’Union internationale des télécommunications (UIT) pour la migration de l’analogique au numérique en ce qui concerne la radiodiffusion dans le monde. Le service public de l’audiovisuel, qui ne dispose actuellement que d’une seule chaine généraliste, la Cameroon Radio Television (CRTV), devra quant à elle créer six chaines thématiques dans le cadre des fréquences qui seront attribuées par l’Etat.

Ce projet a été évoqué mardi soir, 04 novembre, par le coordonnateur-adjoint du Comité national de pilotage de la migration de l’analogique au numérique: Cameroon Digital Television (CAM-DTV), Mezom Melouta, lors de l’émission «Par Ici le débat», diffusée sur la télévision publique nationale CRTV de 22h à 23h00.

Préoccupation soulevée par les participants, à l’unanimité, lors de cette émission : la question des contenus. «Trente chaines pour montrer quoi ?» a questionné le Dr. Tobie Hond, secrétaire général du Conseil national de la Communication (CNC), à la suite du Dr. Emmanuel Mbede, enseignant à l’Ecole supérieure des sciences et techniques de l’Information et de la Communication (ESSTIC) de l’Université de Yaoundé II.

Pour le régulateur et l’universitaire, il est important de penser à la qualité des productions et à un cadre réglementaire contraignant pour éviter aux Camerounais de ne consommer que des images étrangères lors de l’avènement du numérique. Rejoignant ces deux intervenants, Mezom Melouta a tiré l’illustration à l’extrême, expliquant qu’il ne serait pas par exemple de bon ton que des jeunes ne reçoivent que des chaines faisant la promotion de l’homosexualité, pratique condamnable au Cameroun.

«Le choix du Cameroun est clair! On ne veut pas d’un Build-operate-transfer (BOT). On met l’infrastructure en place et on laisse les Camerounais mettre ce qu’ils y veulent», a vivement réagi le coordonnateur adjoint du Cam-DTV, en rapport avec le propos d’un intervenant, suggérant au gouvernement de laisser le soin à un opérateur privé pour déployer l’infrastructure.



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Un décodeur adaptateur TNT
Le respect de la loi
L’émission a essentiellement tourné autour de la question des productions nationales à intégrer par les différentes chaines de télévision basées au Cameroun en juin 2015. «Il ne faut pas que ce soit une nouvelle occasion manquée pour le Cameroun», a averti le Dr. Emmanuel Mbede lors de ce débat.

Une disposition juridique émanant de la loi du 03 avril 2000 sur la création et l’exploitation des entreprises privées de communication audiovisuelle au Cameroun, prescrit à toutes les chaines de télévision émettant sur le territoire de consacrer au moins 30% de leur programmation quotidienne aux productions nationales. Dans la réalité, force est de constater que cela n’est pas toujours le cas.

Le gouvernement est en train d’élaborer un Fonds spécial de l’audiovisuel, à l’image du Fonds spécial des télécommunications, pour accompagner financièrement les productions locales (dans le privé comme dans le public), a révélé Mezom Melouta.

«Il n’y aura pas de TNT sans régulateur fort », a suggéré pour sa part le Dr. Tobie Hond relevant le fait que le CNC devrait avoir plus de pouvoirs de régulation en étant impliqué dans l’octroi des licences et l’appréciation des contenus des télévisions.

Selon les données présentées par le secrétaire général du CNC au cours de ce débat, le Cameroun compte en 2014 au moins 17 chaines de télévision ; plus de 100 chaines de radio ; environ 500 entreprises de télédistribution dont la plupart sont non conformes.

Le coordonnateur adjoint du CAM-DTV a tenu à adresser un conseil aux Camerounais au sortir de cette émission : «Ce que je veux dire aux Camerounais, c’est que le gouvernement maîtrise le processus. Il ne faut pas se presser». Mezom Melouta faisait particulièrement référence ici aux équipements technologiques, indiquant que «tous les écrans plats ne sont pas numériques» et qu’il ne faut pas non plus courir pour acheter un décodeur étant donné que la norme de diffusion n’a pas encore été choisie et communiquée.

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