«Je ne me rendais pas compte de l'ampleur du phénomène avant d'y avoir été confronté. La presse égyptienne nous est, dans sa grande majorité, hostile.» Daniel Grandclément, grand reporter français


La guerre continue entre le gouvernement égyptien et le puissant groupe qatari Al Jazeera. En effet, la chaîne d'information satellitaire qatarie a décidé de poursuivre en justice les autorités égyptiennes pour le brouillage de sa chaîne par les éléments du général Al Sissi.

Citant les conclusions d'une enquête menée par Integral System Inc sur le brouillage de ses chaînes depuis le 5 juillet, le groupe indique que ce brouillage «a pour origine trois sites à l'est du Caire et un quatrième à l'ouest de la capitale égyptienne», ajoutant que «trois de ces sites abritent des installations militaires».

Le groupe, qui dit faire l'objet en Egypte d'une campagne hostile «mettant en cause le professionnalisme, la crédibilité et l'objectivité» de sa couverture, ne précise pas devant quelle juridiction il entend porter plainte contre Le Caire. Al Jazeera a indiqué avoir été obligée de changer ses fréquences à plusieurs reprises pour permettre à ses téléspectateurs de capter ses chaînes d'information et de sport.

Les autorités et les médias égyptiens accusent Al Jazeera de couvrir de façon partiale les événements sanglants qui ont suivi la destitution par l'armée, le 3 juillet, du président islamiste Mohamed Morsi à la suite de manifestations monstres réclamant son départ. La chaîne qatarie a donné une large couverture aux manifestations contre l'arrestation de Mohamed Morsi et à la répression des partisans des Frères musulmans, mouvement dont il est issu.

Le Qatar, qui était l'un des principaux soutiens de M.Morsi, avait condamné la répression policière des partisans du président destitué. La chaîne fait chaque vendredi une large couverture sur les manifestations contre le régime militaire en Egypte. La chaîne utilise comme pour la Syrie des images amateurs envoyées par Internet pour montrer la mobilisation de la rue dans pratiquement toutes les provinces égyptiennes.

Cette guerre médiatique a peu à peu changé de terrain, puisque les hautes autorités des deux pays s'affrontent dans une bataille judiciaire sans précédent entre deux pays arabes. Le 3 septembre dernier, la justice égyptienne avait ordonné la fermeture d'Al-Jazeera Mubasher Misr, l'antenne égyptienne du groupe qatari, et trois autres chaînes islamistes locales.

Dans un communiqué mercredi soir, le groupe qatari annonce avoir «décidé de poursuivre toute partie responsable du brouillage de ses chaînes selon les procédures judiciaires appropriées». Jamais le gouvernement égyptien n'avait été autant répressif contre la presse internationale et précisément contre la presse qui soutient les manifestants islamistes.

Des médias issus du Qatar, mais aussi de Turquie, puisque les militaires ont arrêté le 17 août dans la mosquée Al Fath, avec les partisans de Mohamed Morsi qui s'y étaient réfugiés, Metin Turan qui couvrait les événements en tant que correspondant au Caire de la TRT (Télévision et radio publiques turques). Le journaliste est toujours retenu à la prison Wadi Al Natrun à l'heure actuelle.

Dans un communiqué publié le 17 août, la TRT a appelé «les médias internationaux à lancer une initiative conjointe pour obtenir des informations sur la situation» de son correspondant.

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