En réponse à notre chronique du 16 avril intitulée «MBC ferme ses bureaux dans le monde», le groupe saoudien MBC a réagi et apporté certaines explications.
Le mail rédigé en anglais envoyé par le Libanais Mazen Hayek, le porte-parole du groupe saoudien a démenti les informations faisant état d'un ordre royal de Riyadh pour changer l'organigramme du groupe MBC.
Le porte-parole affirme que le groupe MBC est une entreprise privée et qu'aucun ordre gouvernemental ne peut interférer dans les affaires et les décisions opérationnelle du groupe. M.Hayek a reconnu toutefois, dans sa missive électronique, qu'il existe bel et bien une «restructuration» mais pas de fermeture de bureaux.
Cette restructuration a touché les bureaux internationaux de MBC1 News, il y a quelques mois par lesquels un nombre limité de ses correspondants et producteurs installés dans les bureaux de MBC dans le monde, étaient soit transférés à partir d'un bureau à un autre, soit proposés à la direction mère du groupe à Dubaï ou dans des cas exceptionnels, remerciés du groupe et remplacés par de nouveaux correspondants arrivés.
Néanmoins, le représentant du groupe MBC que nous remercions pour son sympathique mail, n'a pas expliqué les véritables raisons de cette restructuration qui a touché le puissant groupe saoudien MBC. Il est vrai qu'au-delà de certaines décisions internes, la décision politique reste déterminante dans le processus de changement d'un groupe audiovisuel.
Depuis quelques mois, une offensive politique saoudienne a déstabilisé l'Emirat du Qatar, fragilisé par le changement de souverain. L'Arabie Saoudite n'a toujours pas supporté l'offensive réussie d'Al Jazeera, un projet audiovisuel inspiré et financé par l'Arabie Saoudite et récupéré par le nouveau émir du Qatar en 1996, qui voulait surtout casser une chaîne qui avait dominé l'information arabe au début des années 1990: MBC.
MBC, qui avait été créée en septembre 1991, avait été obligée de se restructurer en 2003, en lançant MBC 2 et surtout en déménageant vers Dubaï pour se rapprocher plus des Arabes et mieux capter Doha.
Mais suite au succès inattendu de la petite télévision qatarie qui monte, Al Jazeera, le groupe MBC était obligé de lancer à partir du 3 mars 2003 une chaîne d'info continue: Al Arabyia, pour justement répondre à la médiatisation d'Al Jazerra. Al Arabiya a été finalement une concurrente sérieuse d'Al Jazeera et a réussi à servir d'équilibre dans la diffusion d'informations dans le Monde arabe.
Durant plus de 10 ans, les deux télévisions «panarabes» vont se livrer une guerre audiovisuelle acharnée dans le traitement des conflits comme au Liban, Ghaza et surtout l'Irak et l'Afghanistan. Pour de nombreux observateurs avertis, le lancement d'Al Arabiya était une instruction venue du Palais royal de Riyadh, sur les conseils des Américains, qui ne supportaient plus les sujets critiques.
En 2011, la révolution arabe explose, médiatisée par le Qatar et son arme de destruction massive, Al Jazeera. Mais tout en s'attaquant aux régimes arabes autoritaires, Doha avait promis à Riyadh de ne pas allumer la révolution dans les Lieux Saints, en référence aux liens étroits qui lient les deux pays «cousins».
Mais après le retournement de situation dans les pays arabes, Al Jazeera est en chute libre et rompt son serment. Du coup, le groupe saoudien MBC lance en 2014 une deuxième chaîne d'infos Al Hadath TV, attachée à Al Arabiya pour justement casser toute attaque d'Al Jazeera contre l'Arabie Saoudite et ses alliés du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Comme quoi, les restructurations dans le groupe MBC ne sont pas liées aux décisions politiques.

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