Comme chaque année, les chaînes nationales s’arrangent pour mettre l’essentiel des fictions, sitcoms, comédies, séries et autre talk show assaisonné d’un brin de religion (parfois d’une bonne poignée, selon les cas). Tout passe pendant Ramadan?! « Et le reste de l’année alors??», dirait l’autre… Eh bien, il faudra se contenter de rediffusions à tout va. Est-ce judicieux?? Est-ce une politique qui fait gagner en crédibilité le pôle public de l’audiovisuel ? Ou alors est-ce la mission de nos chères chaînes nationales de nous faire subir une indigestion d’images à l’arrivée de chaque mois sacré, de chaque année pour ensuite se plaindre du manque de moyens lorsque quelqu’un évoque la pauvreté de l’offre télévisuelle dans notre pays?? A quelques exceptions près, les séries se suivent et se ressemblent, les sitcoms ne sont plus distincts les uns des autres car les mêmes acteurs jouent dans plusieurs séries en même temps. Ceci sans parler du bombardement publicitaire qui vous empêche d’avoir quelques secondes de répit. Certaines chaînes comme Al Aoula ou 2M affirment faire plus de 20 % de leur chiffre d’affaires publicitaire annuel pendant le seul mois de ramadan ! N’existe-t-il aucun critère de régulation de la proportion de celle-ci dans les grilles de nos chaînes nationales ? La Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA) n’a-t-elle pas de droit de regard sur une telle réalité ? Des rumeurs persistantes parlent même de l’exigence de certains gros annonceurs de faire passer tel acteur plutôt que l’autre, tel sitcom plutôt que l’autre ! Et le téléspectateur, quant à lui, doit subir des choix qu’il n’a pas faits, sans avoir de droit de cité.

Vous avez dit «?bras de fer»??

Il y a lieu de se demander si ce téléspectateur a une importance autre que celle du consommateur potentiel à la merci d’une machine publicitaire qui le bombarde au-delà de ce qu’il peut absorber en termes d’images. Après la polémique sur les cahiers des charges qui a vu naître une sorte de bras de fer entre le ministère de tutelle et les responsables du pôle audiovisuel public, en termes de contenu, d’orientation, de politique médiatique, l’arrivée du mois de Ramadan a bien montré que rien n’a vraiment changé. Les grilles du mois sacrés sont toujours aussi surchargées, alors que le reste de l’année les téléspectateurs se plaignent de la pauvreté de l’offre nationale en comparaison avec la jungle cathodique internationale qui propose tout et son contraire, et a le pouvoir de satisfaire tous les goûts. Il faut dire que le «Hrig» médiatique n’a pas commencé hier. Et cette croyance répandue que le téléspectateur marocain regarde les chaînes nationales pendant le mois sacré reste à prouver car le plus souvent, ces chaînes lui servent d’annonciateur pour la rupture du jeûne, pas plus. Pour le reste, les Marocains ont leurs habitudes chez les chaînes arabes, françaises, américaines et espagnoles depuis belle lurette. Celui qui n’admet pas cette réalité ne veut pas beaucoup de bien pour le paysage médiatique marocain….

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