<b>L’oeil de Leaticia Monsacré du Pariser sur Media le Magazine diffusé sur France 5.



Voilà longtemps que la télévision aime parler d’elle même. “+ Clair”, “Décryptages”, “Pop Com”, les magazines se suivent et ne ressemblent pas. En témoigne” Médias, le magazine”, sur France 5, diffusé tous les dimanches à l’heure où l’on sort de la messe pour le déjeuner dominical.
Présenté par Thomas Hugues, ancien présentateur du JT sur TF1, une autre grande messe, voilà un magazine qui donne à voir avec talent la diversité de nos écrans à l’aide d’enquêtes d’une rare qualité- sans doute des restes de journaliste animateur et non l’inverse.
Prenez le sommaire de dimanche dernier; sujet d’ouverture, l’hypersexualisation des enfants dans les magazines. Vogue a ouvert le bal avec des fillettes habillées comme des grandes. “En mettant sexy dans un texte sur internet, on récolte 10 000 clics supplémentaires” commente une des invitées. “Si on ne le fait pas, d’autres le feront, c’est la règle du jeu” se justifie une autre. Bref, c’est mal barré… d’autant que les enfants sont demandeurs et les parents, un peu largués.
Deuxième sujet, la révolution syrienne qui fête, malheureusement, son insuccès après un an. La parole est une arme contre les chars explique- t’on. Aussi coûte- t’elle cher. Même à Paris où, sur chaque manifestation, des “agents” de ces services syriens qui sont parmi les plus redoutables au monde, alimentent une véritable cellule de veille média à l’ambassade de Syrie en France. “D’ailleurs votre reportage sera décrypté” précise le syrien interviewé.

Syrie et bonnes nouvelles
Réfugié en France, on a essayé de le tuer à l’issue d’une manifestation en “l’écrasant” avec une voiture, après l’avoir battu et en s’assurant que toute sa famille restée au pays soit inquiétée. Un char est venu chercher son fils de 17 ans chez ses parents; depuis pas de nouvelles. On frissonne en imaginant le pire et l’on découvre au fil du reportage comment l’Etat syrien fait régner la peur, obligeant à parler à visage flouté en France au risque de se voir supprimer passeport et bourse, alors qu’au pays, prison et torture attendent journalistes ou toute personne aidant les journalistes occidentaux. Pour autant, tous ces hommes et femmes prêts à mourir pour la démocratie ne cessent de prendre des risques pour aider ces envoyés spéciaux, certains voulant même être à visage découvert alors qu’il est indispensable pour les protéger, de cacher leurs visages.
Troisième sujet, les médias sont-ils anxiogènes? En tous cas, les français sont le peuple le plus dépressif du monde souligne Karl Zéro, lequel avait créé pour Canal Plus un” Journal des bonnes nouvelles”- sans succès. Métro, le quotidien gratuit tente aujourd’hui la même chose car “si nous arrivons à décrocher un sourire chez nos lecteurs le matin, la partie sera gagnée” argumente son rédacteur en chef. L’objectif laisse dubitatif. Optimiste et donc plus à même de consommer? Donc plus “bankable” pour la régie pub? Le reportage ne pose pas la question. En tous cas, il conclue très justement qu’un pays où il n’y a que des bonnes nouvelles, existe déjà: c’est la Corée du Nord.
Des huitres au goût d’huitre
Voilà maintenant le plateau avec trois invités “animateurs”: Sophie Massieu, lumineuse “Dans tes yeux” sur Arte et son chien guide Pongo, Olivier Delacroix(relire son il/elle) pour “Dans les yeux d’Olivier” et Antoine de Maximy qui balade son drôle d’attirail pour s’autofilmer aux quatre coins de la planète. “Ça permet de faire le tri, on gagne du temps par rapport à ceux qui n’aime pas le contact!” commente-t’il avec humour.
C’est également pour un autre regard amusé qu’un chroniqueur vient en plateau parler de ce dernier programme de Real Tv sur TF1-à combien en sont-ils? – qui vise à mettre en concurrence quatre couples le jour de leur mariage pour gagner leur lune de miel. Outre les cameras qui les filment tout le long de ce qui doit être le plus beau jour de leur vie, les trois autres y assistent pour les dézinguer. Vanessa est la championne, de quoi vous dégouter de la nature humaine. Car, si TF1 veut prouver que la ménagère de moins de 50 ans est un idiote pour pouvoir supporter qu’on lui en exhibe une pareille, voilà qui est réussi. C’en est presque suspect… Les cartons d’invitation- “j’aurais imaginé quelque chose de plus coloré”, l’église-“très simple, l’architecture n’est pas très travaillée”, la mariée-“très commune, très sobre“(elle ne doit pas savoir que ce n’est pas péjoratif comme mot), les huitres-“bah, elles avaient le goût d’huitre”, et enfin, le feu d’artifice” pas très écolo, ça rejette du plastique dans l’air”-bref, irrécupérable de bêtise mais alors qu’est qu’on rit. Les guignols avant l’heure…
En tous cas, une émission d’une richesse certaine à vous donner envie de sauter n’importe quel déjeuner familial, histoire de finir le week-end plus intelligent que vous ne l’avez commencé.