L'histoire se répète. A chaque fois que la Une doit renégocier les contrats de ses chaînes thématiques (Eurosport, LCI, TF6...), la tour TF1 tremble, et l'affaire tourne au psychodrame impactant tout le PAF (paysage audiovisuel français).

Pour TF1, l'enjeu est de taille. Ces chaînes sont payantes, et donc leur principale ressource est l'argent versé par les réseaux de distribution: CanalSat, Numericable, Orange, SFR... Le plus important est le contrat de distribution sur CanalSat, qui, à lui seul, rapporte 30 millions d'euros par an. Un autre contrat important (10 millions d'euros par an) est celui conclu avec SFR (société soeur de Canal Plus au sein du groupe Vivendi), mais ce contrat est menacé.

Problème: ces contrats, conclus fin 2011, expirent tous fin 2014, et doivent donc être renégociés d'ici là. Une renégociation qui s'avère cruciale pour la Une. Revue de détail.


1- les chaînes co-détenues avec Discovery

Fin 2012, TF1 a vendu à Discovery 20% de la plupart de ses chaînes thématiques: Eurosport, TV Breizh, Ushuaïa, Stylía et Histoire.

Selon cet accord, l'Américain pourra racheter à TF1 une participation supplémentaire fin 2014. Mais le prix n'a pas été fixé à l'avance. Il dépendra de la valeur des chaînes à fin 2014. Or cette valeur dépendra elle-même fortement des contrats de distribution qui seront conclus juste auparavant. En clair, pour que TF1 obtienne un bon prix de Discovery, il faut que la Une obtienne d'abord un bon prix des distributeurs, à commencer par CanalSat...

Parmi ces cinq chaînes, celle qui a le plus de valeur est Eurosport, valorisée 850 millions d'euros (pour 100% du capital) dans l'accord de fin 2012. Cet accord prévoit que Discovery peut monter à 51%, puis à 100%. TF1 a obtenu que cette montée au capital se fasse sur une valorisation minimale de 850 millions d'euros. Mais la Une obtiendra plus d'argent si, fin 2014, Eurosport vaut plus que cette valeur plancher...


2-les chaînes co-détenues avec M6

TF1 détient deux chaînes à 50/50 avec M6: TF6 et Série Club. Elles sont diffusées en exclusivité sur CanalSat. L'argent versé par le bouquet de Canal Plus est donc leur principale source de revenus, et de très loin.

Hasard ou coïncidence, Canal a porté ces derniers temps plusieurs mauvais coups à ces deux chaînes. D'abord, il y a un an, CanalSat a scindé son offre en deux packs, Panorama et Séries cinéma. Le bouquet a décidé de mettre TF6 dans le premier pack, et Série Club dans le second. Résultat: les deux chaînes, qui étaient visibles jusqu'à présent par tous les abonnés CanalSat, ne sont plus regardées que par la moitié d'entre eux. En pratique, le nombre de foyers pouvant les regarder a reculé l'an dernier d'environ 200.000 pour TF6, et 100.000 pour Série Club. Et l'audience s'en est ressentie: au premier semestre 2013, elle a reculé de 27% pour TF6 et 23,5% pour Série Club, en se basant sur le nombre de spectateurs recensés par Mediametrie. Et le chiffre d'affaires de TF6 a reculé de 9% en 2012 -mais celui de Serie Club a augmenté de 6%.

Surtout, Canal Plus marche de plus en plus sur les plates-bandes des deux chaînes, en enrichissant sa propre offre de séries: elle vient de lancer une chaîne dédiée, Canal+ Séries, et va aussi réorienter Jimmy vers ce genre.

Face à cet avenir sombre, TF6 et Série Club sont récemment allés voir CanalSat pour lui demander de renégocier par anticipation leur contrat de diffusion. Les deux chaînes auraient même argué qu'elles pourraient fermer si CanalSat ne leur donnait pas de quoi vivre (air connu).

Mais le bouquet de Canal vient de leur opposer une fin de non recevoir, en leur répondant qu'il était trop tôt pour renégocier le contrat, et qu'il fallait attendre début 2014... Mais CanalSat a quand même accepté de diffuser Série Club dans ses deux packs depuis septembre.


3-LCI

La chaîne d'information est la seule chaîne thématique qui reste détenue à 100% par la Une. Elle a récemment fait parler d'elle, car TF1 a menacé de fermer LCI si celle-ci ne devenait pas une chaîne gratuite. Une piste vivement combattue par ses deux rivales iTélé (filiale de Canal Plus) et BFMTV (à qui appartient ce site web).

"La menace de la fermeture de LCI a déjà été utilisée en 2011, vis-à-vis du CSA et des pouvoirs publics, pour demander le transfert de LCI en TNT gratuite et renégocier la diffusion de LCI sur CanalSat et les fournisseurs d'accès internet", rappellent les analystes de CM-CIC dans une étude parue mercredi 2 octobre.

En effet, en 2011, les dirigeants de la Une avaient déjà explicitement menacé de fermer LCI si elle n'accédait pas à la TNT gratuite. Mais cette menace n'avait jamais été mise à exécution. Car la Une avait finalement obtenu suffisamment d'argent des distributeurs pour conserver un modèle payant. Grâce à ce happy end, "la pérennité de LCI est assurée", clamait alors le PDG de TF1 Nonce Paolini, qui assurait: "LCI va se retrouver dans une situation saine sur le plan économique".

Les analystes de CM-CIC s'interrogent donc sur la volonté réelle de TF1 de diffuser LCI en clair: "nous pensons que TF1 souhaite surtout disposer de cette option du gratuit comme arme de négociation, notamment vis-à-vis de Canal Plus et Vivendi: ou bien des conditions plus généreuses de la part de CanalSat et SFR, ou bien la promesse qu’iTélé replonge dans les pertes avec une concurrence frontale de LCI".

Interrogés, M6 et Canal Plus se sont refusés à tout commentaire, tandis que TF1 n'a pas répondu.


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