Télévision | Des sujets en avant-première, un JT permanent et interactif, une alliance avec Google… Jeudi 20 mars, Remy Pflimlin et Bruno Patino présentaient leur nouvelle chaîne d'info connectée.


Pour François Hollande, on ne sait pas, mais pour Rémy Pflimlin et Bruno Patino, c'est certain : le changement, c'est maintenant. « La télévision change, France Télévisions change », martelait la présentation vidéo de la nouvelle stratégie numérique, dévoilée jeudi 20 mars, par les patrons du groupe audiovisuel public. Une dynamique déjà bien enclenchée sur le Web, le mobile et la tablette depuis quelques années, qui s'est traduite par une augmentation substantielle du budget dévolu à l'offre numérique : de 18 millions en 2008 à 37 millions en 2013, malgré des recettes publicitaires jugées « décevantes » par Bruno Patino – 14 millions d'euros attendus en 2014.
Ce passage à la vitesse supérieure était jeudi incarné par deux annonces : la création d'une chaîne d'information à la demande en télévision connectée, et la signature d'un accord avec Google sur son nouvel outil Chromecast, sort de clé USB imaginée pour concurrencer les box Internet. Objectif : tenter d'anticiper l'avenir à un moment où les modes de consommation de la télévision changent du tout au tout avec la montée en puissance de la télé sur mobiles et tablettes, la place prise par les plateformes de vidéo ou encore l'arrivée prochaine de Netflix, le service de vidéo à la demande par abonnement.
Le JT permanent

Curieusement, le responsable du numérique de France Télévisions, Bruno Patino, a commencé par définir négativement sa nouvelle chaîne en ligne : « Ce n'est pas une chaîne d'info continu, il en existe déjà depuis longtemps. Ça n'est pas un site web d'info, ni un flux de dépêches réactualisées toute la journée mis sur la télévision. Ce n'est pas non plus un outil de rattrapage. » Alors késaco? Un journal d'information à la demande de 12 minutes que le téléspectateur peut lancer quand il le veut grâce à sa télécommande. Ensuite il a le choix, soit il décide de regarder sagement son JT à l'ancienne d'un bout à l'autre, soit il fait son marché dans les séquences d'info qui lui sont proposées, en zappe une pour privilégier la suivante, fait une pause, y revient.. bref, maîtrise son temps et choisit de ne consommer que l'info qui l'intéresse.
Pour faire bonne mesure, il dispose également sur le même écran d'un accès direct aux contenus de Pluzz, le site de replay du groupe et du fil d'info live de francetvinfo (brèves, articles plus fouillés, reprise des titres, infographies...). Il va sans dire que notre télénaute peut aussi commenter en live les différents contenus d'information. Et influer, à terme, sur la hiérarchie de l'info ? Evidemment non, jurent la main sur le coeur les responsables de l'info qu'on est pas obligé de croire. Ce JT permanent est alimenté en temps réel par des reportages et des sujets produits par les différentes rédactions du groupe, régionales et nationales (y compris les magazines, type Envoyé Spécial ou Complément d'enquête), mais aussi des contenus d'agences, ou en provenance de plateformes de vidéo (YouTube, Dailymotion...). Concrètement, quand des journalistes de France 2 partiront faire un reportage pour le 20h00, leur sujet pourra être diffusé dès sa sortie du banc de montage. Soit bien avant 20 heures... Un sacré bouleversement dans la chronologie de l'information télévisée de chaînes aussi traditionnelles que France 2 et France 3, qui pourrait (devrait) à terme modifier les formats existants et le travail des journalistes.
Qui va pouvoir regarder ce journal permanent ? Peu de monde au départ d'où le côté expérimental de ce lancement. Il ne sera accessible qu'aux foyers disposant d'écrans compatibles avec le standard européen HbbTV. Soit un million de téléviseurs aujourd'hui, mais bien plus demain a juré Bruno Patino. « A court terme 13 millions, 22 millions d'ici 2017 ». Ce JT d'info permanent qui ressemble tout de même à s'y méprendre à la chaîne d'info que n'a jamais eu le service public, préfigure sans doute ce que seront les futures chaînes de télévision connectée sur lesquelles planche France Télévisions dans les domaines de la jeunesse et de l'éducation. A ce sujet, rendez-vous fin 2014.
Chromecast : une révolution ?

C'est l'autre nouvelle du jour : France Télévisions s'est mis d'accord avec Google pour utiliser son nouvel outil, Chromecast. Il se présente sous la forme d'une clé USB qui se branche sur le connecteur HDMI de n'importe quel téléviseur. Relié au réseau Wi-Fi du foyer, il permet de diffuser directement sur sa télévision divers contenus disponibles sur les smartphones, tablettes et ordinateurs HD, sans passer par la case box des fournisseurs d'accès. Son prix ? 35 euros, pas franchement dissuasif si on considère que l'investissement se fait une fois pour toute et qu'il donne d'ores et déjà accès à pas mal de contenus. Pluzz, le site de replay de France Télévisions mais aussi Canalplay (le site de vod de Canal +), SFR TV, sans oublier bien sûr Youtube, propriété de Google depuis 2006... Et qui dit Youtube dit des tonnes de vidéos et une foultitudes de chaînes thématiques plus ou moins indispensables. Google se refuse pour l'instant à donner le moindre chiffre précis mais plusieurs millions de ces adaptateurs auraient déjà été écoulés aux Etats-Unis depuis leur commercialisation, à l'été 2013. En France, on peut les acheter à la Fnac, sur Amazon, dans les boutiques SFR et bien sûr dans le Google store.

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