Il s’était montré offensif par écrit : « dans le fixe, la fête est finie ». Dans une interview au Figaro , en décembre, il avait promis « une vraie rupture en 2014 ». Après les mots, Martin Bouygues passe aujourd’hui à l’acte. Lors d’une conférence de presse qui n’était pas sans rappeler, dans sa construction, celle de Xavier Niel pour le lancement de Free Mobile, il y a deux ans, -l’abondance du public en moins-, le patron du groupe Bouygues, maison-mère de Bouygues Telecom, a commencé par rappeler quelques « vérités » : « Nous sommes entrés dans la téléphonie il y a 20 ans, nous avons effectué plus de 10 milliards d’euros d’investissements cumulés dans le réseau, nous avons investi considérablement dans les achats de fréquences ».

Bouygues Telecom, plus petit acteur du marché du fixe, veut aujourd’hui « bousculer » un segment qu’il qualifie de « mature ». Les offres triple-play (Internet, TV, téléphonie) ont augmenté, assure Martin Bouygues. Elles se situent « entre 32 euros et 37 euros pour les offres standard ADSL, et vont jusqu’à 43 euros pour les offres ******* ADSL ». Résultat ? « Les acteurs bien en place ont des marges d’Ebitda [excédent brut d’exploitation, NDLR] de plus de 40 %. Ce sont des marges d’Ebitda de produits luxe ».

La moins chère du marché

Après une première offensive en novembre, avec une offre double-play (téléphonie fixe+ internet, sans télé) à 15,99 euros par mois de B&You, Bouygues Telecom propose sa box et son triple-play (avec appels illimités vers les fixes en France et vers 121 destinations, et 165 chaînes de télévision) à 19,99 euros par mois, contre 31,90 actuellement.

Un prix qui fait de cette offre la moins chère du marché avec ce niveau de services. Martin Bouygues l’a comparée à celles d’Orange à 36,90 euros, de SFR à 31,90
euros et celle de Free à 31,98 euros. Un Free qui a, par ailleurs, rappelé aujourd’hui que sa filiale Alice propose déjà une box triple-play (ADSL 2+, appels illimités vers les fixes de 60 destinations, 90 chaînes TV) à 19,98 euros pour les clients en dégroupage total.
L’offre de Bouygues Telecom sera disponible dès lundi 3 mars pour les nouveaux abonnés, et à partir du 14 avril pour les clients actuels. En ajoutant 6 euros, il sera possible d’accéder à la box Sensation, qui inclut les appels illimités vers les mobiles. A côté de ces deux offres, 19,99 euros et 25,99 euros, cohabiteront des offres « un peu plus chères », dans « les environnements non dégroupés ». Bouygues Telecom a, en outre, promis d’annoncer des innovations technologiques au 2e trimestre.

« On ne va pas perdre de l’argent »

L’opérateur espère, avec ce nouveau prix, atteindre « le plus vite possible » 20 % de part de marché dans le fixe, soit 5 millions de clients, contre 2 millions actuellement. A quelle échéance précisément ? Martin Bouygues bote en touche, disant ne pas fixer de date, mais assurant que cela sera « très rapide ». Et à ceux qui s’inquiètent pour ses marges, il explique : « On ne va pas perdre de l’argent ! Entre en gagner énormément et en gagner un petit peu, ça laisse une marge. On l’utilise, au bénéfice de nos clients ».

Reste à savoir quelle attitude adopteront les autres acteurs du marché. Sur le mobile, ils ont massivement suivi le mouvement de baisse des prix amorcé par Free Mobile. En décembre, Martin Bouygues les avait clairement défié de le suivre sur le fixe, Free en particulier : « Qui dit mieux ? Que Xavier Niel fasse la même chose s’il en est capable ! ».

Les précédentes salves de Bouygues Telecom avaient chahuté les cours de ses rivaux en Bourse. En novembre, le titre Orange avait perdu près de 4 % à Paris après l’annonce de l’offre double-play de B&You, tandis qu’Iliad, la maison-mère de Free, avait reculé de plus de 10 % après l’interview de Martin Bouygues, en décembre. Premier verdict en Bourse ce mercredi : l’action Bouygues, qui a publié des résultats en ligne avec les attentes ce matin, a passé la journée dans le vert, avant de clôturer à -0,07 % , tandis que celle d’Orange a fini en baisse de 3,37 % et celle d’Iliad en repli de 5,75 % .