La chaîne cryptée teste une distribution de Canal Plus et CanalSat directement sur le web. Un moyen de court-circuiter ses distributeurs, notamment les fournisseurs d'accès internet.


CanalSat veut proposer à ses abonnés en TNT payante de migrer vers le web (BFM Business)



Depuis quelques semaines, un nouveau mode de réception de Canal Plus et CanalSat existe. Après la TNT, le câble, le satellite, et la TV sur ADSL, la chaîne cryptée et son bouquet sont disponibles directement sur l'internet. Imaginez une sorte de YouTube payant, en diffusion continue, et regardé sur le téléviseur... En anglais, on appelle ce mode de diffusion over the top, OTT (littéralement: par-dessus le décodeur).

Pour l'instant, la chaîne cryptée a juste lancé discrètement un test pilote auprès de 10.000 clients, qui est étendu ce mois-ci à 40.000 clients. L'offre et les tarifs sont les mêmes que via les autres réseaux. En pratique, le client n'a qu'à brancher le décodeur fourni par Canal Plus, baptisé le Cube, sur son modem internet.


Potentiel important

Mais ce mode de diffusion va bientôt passer à la vitesse supérieure, car son potentiel est important. En effet, 8 millions de foyers ne peuvent pas recevoir les bouquets TV des fournisseurs d'accès internet, car le débit de leur accès n'est pas assez important pour la TV sur ADSL, mais suffisant pour la vidéo sur le web.

Il y a aussi tous ceux qui n'ont voulu pas souscrire aux bouquets TV des fournisseurs d'accès.

Tous ces foyers sont d'ores et déjà ciblés par des petites sociétés comme VidéoFutur ou Tevolution, qui leur proposent un bouquet de chaînes payantes en OTT.


Chronique d'une mort annoncée

Mais ce service pourrait passer à la vitesse supérieure l'an prochain. En effet, au 1er janvier 2015, la version TNT de CanalSat sera en difficulté. Ce mini-bouquet pourrait bien ne compter alors qu'une seule chaîne (TF6), contre cinq aujourd'hui. Car trois chaînes (LCI, Paris Première et Planète+) ont demandé à migrer sur la TNT gratuite à cette date. Parallèlement, TF1 a indiqué qu'elle pourrait céder Eurosport France à l'américain Discovery à la même échéance. Dès lors, la populaire chaîne de sport sera légalement obligée de renoncer à sa fréquence TNT.

Cette mort annoncée de la TNT payante ne fait pas les affaires de Canal Plus. En effet, CanalSat compte 450.000 abonnés via ce mode de diffusion, qui payent 12,90 euros par mois pour ces cinq chaînes, soit un chiffre d'affaires de 70 millions d'euros (la grande majorité est en outre abonnée à Canal Plus).

Pour ne pas perdre ces abonnés, la chaîne cryptée cherche depuis longtemps une solution de rechange à leur proposer. Finalement, elle veut donc leur proposer de continuer à recevoir CanalSat, mais via le web. D'ailleurs, les tests pilotes sont actuellement menés auprès des clients TNT de CanalSat.


Court circuiter les distributeurs

Cette offre OTT permet aussi de faire d'une pierre deux coups. En proposant ses services directement à l'internaute, il n'y a plus besoin d'un distributeur (opérateur télécom, câble ou satellite), et donc plus de commission à lui verser.

Tandis qu'aujourd'hui, Canal verse des commissions plus ou moins importantes selon les réseaux. Pour la TV sur ADSL, Canal a versé aux fournisseurs d'accès internet 130 millions d'euros en 2012, soit plus de 7 euros par mois et par abonné.

Mais, chez Canal Plus, on assure: "nous ne voulons absolument pas abandonner notre distribution via les fournisseurs d'accès internet. Cette diffusion en OTT est complémentaire des autres modes de distribution déjà existants".


La carotte et le bâton

Reste une interrogation: la qualité de l'image et du son d'une diffusion en vidéo sur le web. Elle peut être moins bonne que pour les bouquets TV des fournisseurs d'accès ADSL. "Mais nos tests pilotes montrent que la qualité peut être meilleure qu'en TNT", assure-t-on chez Canal.

Pour améliorer la qualité vidéo, la chaîne cryptée étudie plusieurs options. La plus simple est d'acheter du trafic internet aux fournisseurs d'accès pour garantir un débit suffisant, et donc une bonne qualité vidéo. Mais rien ne dit que les opérateurs télécoms voudront collaborer à un projet moins juteux pour eux.

La chaîne cryptée soupèse donc un plan B: contraindre les fournisseurs d'accès à lui vendre ce trafic internet. Pour cela, elle pourrait demander un arbitrage au CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) qui a le pouvoir de trancher les différends entre chaînes et distributeurs.

Toutefois, cela pose plusieurs problèmes: le pouvoir d'arbitrage du CSA n'a jamais été utilisé en ce sens, et pourrait ne pas être suffisant pour imposer cela. En outre, YouTube pourrait ensuite s'engouffrer dans la brèche, et réclamer lui aussi un débit garanti...




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