<b>Lentilles oculaires "made in Germany" pour tigre ou lapin




Les girafes, les lapins et même les rhinocéros peuvent perdre la vue à cause de la cataracte. Heureusement une entreprise allemande a trouvé la solution pour leur rendre la lumière: des lentilles intraoculaires sur mesure.
Grâce aux implants de la société S&V Technologies, un lion de mer d'un parc aquatique en Californie a pu retrouver une vision nette et reprendre ainsi ses spectacles, un kangourou aveugle d'une réserve naturelle australienne a recouvré la vue, et une lionne malvoyante d'un zoo roumain a été guérie.


Les lentilles "made in Germany" ont également été utilisées avec succès sur des dizaines d'animaux de compagnie, de chevaux de course, d'animaux de cirque, d'espèces sauvages peuplant les réserves naturelles et même... de chiens-guides pour aveugles.
Dans le catalogue de la société, basée à Hennigsdorf à la lisière de Berlin, les lentilles sont proposées en toutes tailles: implants minuscules pour les chats, ou gros comme le poing pour les éléphants.


"A la différence des humains, la cataracte pour les animaux est synonyme en général de cécité", explique Ingeborg Fromberg, responsable des activités de médecine vétérinaire au sein de cette entreprise créée début 2008 et devenue un leader mondial dans son domaine.
En outre, les troubles de la vision peuvent rendre certains animaux dangereux: "lorsque quelque chose est désagréable pour un animal, s'il ne perçoit pas correctement son environnement par exemple, alors il peut devenir agressif, imprévisible, ou renfermé", explique Mme Fromberg.
Dans ce cas, les importantes sommes d'argent investies dans un étalon de course ou un animal de cirque sont menacées de partir en fumée, ce qui explique que les propriétaires soient prêts à débourser plusieurs milliers d'euros - coût des implants, brève opération chirurgicale et suivi du patient compris.
La cécité peut être également un frein à l'activité sexuelle et donc à la reproduction. Le Fonds mondial pour la nature (WWF) a ainsi investi dans des implants oculaires pour des ours bruns d'une réserve chinoise.


"Mais bien sûr ce n'est qu'une partie de notre activité", précise Mme Fromberg, qui souligne que de nombreux "clients" sont de simples chiens ou chats de compagnie, considérés par leurs maîtres comme un membre de la famille, et qui à ce titre valent toutes les dépenses.
Les lentilles sont implantées lors d'une intervention chirurgicale simple dans son principe, mais qui peut se révéler délicate dans la pratique, particulièrement du fait de l'anesthésie.
"Chez certains gros animaux, s'ils restent couchés trop longtemps sur le côté pendant l'opération, cela induit une trop forte pression sur le coeur", explique la responsable de S&V Technologies. "Chez la girafe, par exemple, la tête ne doit jamais être plus basse que le coeur. Chaque animal a ses particularités qu'il faut respecter".
Le principal frein au développement de la PME allemande, qui emploie 32 personnes en ex-RDA, reste la formation insuffisante des vétérinaires. Pour y remédier, la société a pris le taureau par les cornes en organisant, les week-ends, des stages pour apprentis "véto-ophtalmologues".
Penchés avec attention sur le regard mort d'un cadavre animal, des vétérinaires venus du Brésil, de Taiwan, du Japon ou des Etats-Unis y apprennent à rendre la vue, plus tard, à un tigre, un ours ou une chouette.