Les tensions politiques et les dangers qui menacent notre peuple n'empêchent pas le pouvoir de perpétuer sa politique de désintégration de la nation par tous les moyens et à tous les niveaux.

Pour la troisième fois, depuis les dernières élections locales, un chef de daïra véreux, exerçant sous votre responsabilité directe, vient de provoquer ouvertement et délibérément un drame dans une cité algérienne.

Béni Abbès (Béchar) est reconnue, malgré de multiples obstructions, comme étant la commune la mieux gérée du Sud-Ouest algérien. En témoignent les réhabilitations et la judicieuse exploitation des infrastructures et sites touristiques, les échanges avec les municipalités étrangères dont bénéficie la jeunesse, l'organisation régulière de manifestations culturelles et sportives d'envergure internationale...

Enlevée en 2007 par le RCD, la commune de Béni Abbès a vu, dès le départ, les élus de sa majorité subir pressions et entraves de la part du chef de daïra et du procureur qui les pressaient de démissionner de leur parti pour rejoindre le FLN s'ils voulaient, leur disait-on, voir leurs projets aboutir.

Ils les sommaient aussi de violer la loi pour accéder à des demandes émanant de leur famille ou de leurs proches. Les abus étaient si scandaleux que le procureur a fini par être déplacé. Ce 30 janvier et suite à une altercation survenue entre des jeunes du Polisario et des lycéens de Béni Abbès, le P/APC s'est aussitôt rendu sur les lieux pour calmer les esprits.

Saisissant au vol l'incident, le chef de daïra instruit une vingtaine d'individus pour organiser un saccage de la ville après avoir fait déployer des services de sécurité autour de ses bureaux, laissant le siège de l'APC sans protection pendant qu'une poignée de nervis accomplissait sa sombre besogne.

Parmi ces casseurs, la majorité est issue des familles des ex-candidats du FLN, certains sont des indicateurs des services de sécurité. Comme pour bien exécuter au plus vite un scénario préparé de longue date, le même chef de daïra convoque dans la soirée l'Assemblée communale et procède, en violation du code communal, à la destitution du P/APC.

Cette précipitation et cet outrage infligé à l'administration contrastent avec le laxisme dont fait régulièrement preuve votre ministère face à des P/APC pris en flagrant délit de corruption, effectivement désavoués par leurs pairs et qui, grâce à votre caution, continuent, eux, de sévir en toute impunité.

Autre exploit de votre département : en 2007, le chef de daïra d'El-Aouinet (Tébessa), avait imposé un P/APC par la fraude électorale dans la commune de Boukhedra gagnée par le RCD. Cette manipulation des urnes sera, trois années plus tard, à l'origine de l'acte désespéré de Mohcine Bouterfif, militant du RCD, qui fut le premier jeune Algérien à s'être immolé à l'âge de 27 ans avant de décéder suite à ses blessures le 24 janvier 2011.

L'observateur du RCD, qui refusait de quitter le bureau de vote au moment de la rédaction du PV, fut évacué dans le coma ! Ayant eu plus de chance que Mohcine, il a survécu au traumatisme crânien provoqué par l'agression commanditée par votre subordonné.

La plainte déposée fut naturellement classée sans suite. Ce chef de daïra avait déclaré en public, le jour même du vote, qu'un parti politique de l'opposition, qui plus est, est dirigé par un Kabyle, ne présidera jamais une commune dans la wilaya de Tébessa ! Ce propos tenu par un commis de l'État ne sera pas désavoué et, encore moins, sanctionné.

Et pour cause. Sectaire et discriminatoire, il fait fidèlement écho à votre politique. Quand vous affirmez que la marche du 22 janvier ne concernait que les citoyens de Kabylie, vous mentez. En plus des 20 000 policiers appelés en renfort au centre-ville et qui interdisaient tout regroupement de plus 10 personnes, vous avez bloqué le réseau routier menant vers la capitale à Khemis Miliana, Mouzaïa, Blida, Lakhdaria et aux Issers.

Vous avez, en plus, ordonné l'arrêt de tous les trains en direction d'Alger, qu'ils viennent de l'Est, du Sud ou de l'Ouest. Mais pour ce qui vous concerne, les Algériens se sont fait une raison et admettent que le mensonge, une seconde nature, n'est pas forcément ce qui vous accablerait le plus.

Le pire est ce que suggère votre perfidie : la mobilisation des manifestants de Kabylie, “sous-citoyens” définitifs, constituerait en soi un danger et donc, pour vous, un motif supplémentaire, sinon essentiel, pour interdire et réprimer la marche.

Autant dire que vos chefs de daïra ne font que traduire fidèlement, dans les institutions de la République, le fiel que vous avez toujours distillé. Pour assouvir votre haine, vous vous distinguez également à Berriane en 2009 par la même stratégie : l'exploitation des déchirements communautaires que vous cultivez avec un effroyable cynisme.

Le chef de daïra de cette localité – un de plus – voulant contraindre le président d'APC, issu de la liste RCD, à céder à un de ses obligés le parc communal fut, lui aussi, sommé de démissionner de notre Rassemblement et de se rallier au FLN.

Devant son refus de se renier et de se laisser circonvenir, vous ordonnez sa destitution, toujours en violation des lois en vigueur. Là aussi, la justice saisie, refuse à ce jour de statuer sur une faute qui relève autant de la cupidité de vos clientèles que d'un détournement maffieux de l'autorité de l'État dont vous avez fait une règle.

Véritable programme national, vos exactions, n'épargnant aucune région du pays, se déclinent de Tébessa à Béchar en passant par Ghardaïa. En 2009, des élus APW et APC du RCD de Tamanrasset et de Chlef, accompagnant la dénonciation du viol de la Constitution ayant précédé la présidentielle, sont enlevés, menacés et, pour certains, brutalisés en pleine campagne électorale, période pendant laquelle l'opposition était interdite de parole.

Ces élus tiennent grâce à leur courage et au soutien de leur parti. Combien d'autres élus dévoués, de fonctionnaires compétents, de magistrats intègres ou d'officiers de police valeureux ont été brisés pour avoir voulu échapper à l'emprise de vos clans en honorant leur mission dans le cadre de la loi ? Combien de citoyens anonymes ont été broyés par votre administration pour avoir revendiqué leurs droits ? M.

Ould Kablia, Vous avez été responsable de l'administration territoriale pendant de nombreuses années avant d'être promu ministre de l'Intérieur. Vos instructions aussi obscènes que ségrégationnistes, émises de manière récurrente et obsessionnelle, ne sont ni des dérapages, ni conjoncturelles.

Elles sont la substance de votre action et l'expression de la conception que se fait votre régime de la vie publique. Il y a deux jours, toujours englué dans votre stratégie de la provocation, vous faites interpeller plusieurs dizaines de jeunes désoeuvrés des quartiers populaires d'Alger qui sont les premières victimes de votre gestion.

Ils sont, à ce jour, détenus par vos officines qui essaient de les initier aux infiltrations prévues par l'UGTA contre la manifestation du 22 janvier, afin de tenter une nouvelle incursion contre “les ennemis de la nation” le 12 février.

Que recherchez-vous M. Ould Kablia ? Votre système a mutilé politiquement et moralement l'Algérie ; il a dévasté notre potentiel économique, désespéré notre jeunesse, tribalisé l'État, humilié la nation, trahi Novembre et la Soummam… Tout cela ne vous suffisant pas, il vous faut susciter et entretenir la guerre entre les régions et les populations pour assurer votre survie.

Dans le même temps, sentant le vent tourner, vous vous laissez aller à des confidences dans votre entourage pour déplorer le fait que l'on vous fasse assumer des décisions qui, comme celle que vous avez endossée le 22 janvier, relève d'une déclaration de guerre contre les citoyens.

Il vous est même arrivé de vous épancher, devant vos collaborateurs, en ruminant contre les avanies de “ce système”. Instants furtifs de lucidité ou ruse destinée à vous assurer de précieux témoignages pouvant attester de votre dépit le moment venu ? En vérité, ces états d'âme, sincères ou affectés, ont peu d'importance.

Le fait que l'arbitraire que vous semez quotidiennement soit largement répandu, qu'il soit toléré, couvert ou même imposé par vos tuteurs officiels ou occultes ne vous dédouane en rien à titre personnel.

La dignité comme la démission – la première ayant souvent inspiré la seconde, notamment en politique – ont toujours existé. Il faut croire que ni l'une ni l'autre n'a, jusque-là, croisé votre existence.

C'est un peu dommage pour un homme de votre âge. Même ceux qui consentiraient à vous plaindre par certains aspects auraient de la peine à atténuer ou nier votre culpabilité. En faisant saccager Béni Abbès, pour neutraliser un édile qui a refusé de trahir ses engagements et de se laisser corrompre, vous avez commis l'innommable : délivrer aux autres élus un message qui sanctifie la prédation et insulte l'espérance.

Monsieur Ould Kablia, vous avez abusé du mensonge au nom de l'État, vous venez de vous enfoncer dans un crime d'État. Il faudra assumer. Saïd Sadi, député, président du Rassemblement pour la culture et la démocratie.

Alger, le 1er février 2011