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André Rousselet est mort dimanche 29 mai à l’âge de 93 ans.

Lancer une télévision payante dans les années 1980 semble une idée bien farfelue, d’autant plus que le petit écran est définitivement à la botte du pouvoir politique. L’aventure de Canal+ naîtra dans le plus grand scepticisme chez Havas. François Mitterrand a placé son ami à la tête de cette entreprise publque, assez opaque dans son fonctionnement. André Rousselet n’accorde aucune confiance à la toute petite équipe chargée du développement (Leo Scheer, Antoine Lefebure, Marc Tessier, Jacques Driencourt...). Elle a travaillé sur un projet de quatrième chaîne, cryptée, hertzienne, à péage, axée sur le cinéma et les divertissements. André Rousselet la fera sienne. Il débauche Pierre Lescure d’Antenne 2 mais a toutes les peines du monde à réunir un tour de table. Malgré tout, la chaîne est lancée le 4 novembre 1984.

Les débuts sont éprouvants et Canal+ – surnommé Canal Plouf – a failli disparaître avec l’arrivée de deux nouvelles chaînes privées et d’une armada de chaînes locales. Le gouffre financier s’accentue, la menace de banqueroute est réelle. François Mitterrand va lui sauver la mise, contre l’avis de son premier ministre, Laurent Fabius, et de celui du patron de Schlumberger, Jean Riboud, qui rêvait de récupérer la fréquence pour en faire un CBS à la française.
« Edouard m’a tuer »

La grande force de Canal+ est de créer et de défendre une position dominante dans la télévision payante, en vendant les abonnements très chers (six fois plus que ses homologues américains), en finançant directement le cinéma et en achetant les droits des retransmissions sportives et des films à caractère pronographiques. La chaîne s’est également renforcée en contrôlant la norme fermée de ses décodeurs. André Rousselet crée en moins de dix ans un groupe audiovisuel international envié, très rentable, diversifié dans les chaînes thématiques, la production audiovisuelle et cinématographique.