Un amendement sénatorial au projet de loi de finances pourrait aboutir à l'assujettissement de certains revenus « Web » à un impôt.

Il est rare que deux concurrents publient un communiqué commun. C'est pourtant ce que viennent de faire eBay et Priceminister. Les deux sociétés Internet s'alarment d'un amendement (n° 16) au projet de loi de finances rectificatives pour 2008, qui doit être examiné à partir de demain, jeudi 18 décembre, au Sénat. De quoi s'agit-il ?
Proposé par le sénateur UMP Philippe Marini - celui-là même qui présentait un allégement fiscal aux particuliers ayant subi des pertes boursières -, ce texte, pourrait aboutir « à une nouvelle taxation, celles de toutes les ventes de produits d'occasion » sur les sites de revente ou de petites annonces. C'est du moins ce que craignent eBay et Priceminister.
Cette taxation interviendrait dès lors « que les ventes atteignent l'un des deux seuils suivants : 5 000 euros de ventes par an ou 12 ventes par an ». Tel qu'il est formulé, l'amendement semble imposer le cumul des deux conditions. Mais eBay et Priceminister en font une autre interprétation. « Nous avons analysé encore et encore le texte, consulté des spécialistes fiscaux, et nous sommes tous parvenus à la même conclusion : il suffirait de remplir l'un des deux critères pour être taxé », indique un représentant de l'un des sites.
« Obligation de délation »
Dès lors, d'après le communiqué, « un internaute qui revend sa voiture d'occasion sera imposé sur les revenus générés, alors qu'il n'a pas à l'être (...) Un autre qui revend, afin de pouvoir augmenter son pouvoir d'achat, ses CD, DVD ou livres fera également l'objet d'une telle taxation dès lors qu'il en aura vendu 12 au cours de l'année. Et de même pour celui qui vend de vieux meubles issus d'un héritage sur lequel il a déjà payé des droits de succession ».
Selon un proche du dossier, l'amendement a de vraies chances de passer en raison de la situation d'urgence, la loi devant être votée avant le 31 décembre. Par ailleurs, les contacts avec le ministères du Budget et le secrétariat d'Etat au Développement de l'économie numérique « n'ont pas clairement montré que le gouvernement ne soutiendrait pas l'amendement », précise encore cet interlocuteur.
Un autre point du texte de Philippe Marini scandalise eBay et Priceminister. Celui-ci « va jusqu'à créer une obligation de délation à la charge de l'ensemble des sites Internet. En début d'année, les sites devront dénoncer à l'administration fiscale tous les vendeurs particuliers ayant atteint ces seuils au cours de l'année précédente ».
La lecture du projet de loi de finances rectificatives pour 2008 commence demain, le 18 décembre, et pourrait durer jusqu'au 20 décembre.