<b>Sarkozy, militant UMP

mily: Arial">mily: Arial">Nicolas Sarkozy président de la République ? Soyons franc : pendant un temps, j’y ai cru. Ca ne me réjouissait pas, mais bon : le vote avait eu lieu, et rien n’est plus précieux que la démocratie.
Pour retrouver un peu de sérénité, je m’étais plongé dans le second « Traité du gouvernement civil » de notre ami John Locke, publié en 1690 qui recommandait la séparation des pouvoirs entre plusieurs personnes, car la tentation de porter la main sur le pouvoir est trop grande.
« Lorsque, dans une même personne ou dans le même corps de magistrature, la puissance législative est réunie à la puissance exécutrice, il n'y a point de liberté ; parce qu'on peut craindre que le même monarque ou le même séant ne fasse des lois tyranniques, pour les exécuter tyranniquement.
« Il n'y a point de liberté, si la puissance de juger n'est pas séparée de la puissance législative et de l'exécutrice. Si elle était jointe à la puissance législative, le pouvoir sur la vie et la liberté des citoyens serait arbitraire ; car le juge serait législateur. Si elle était jointe à la puissance exécutrice, le juge pourrait avoir la force d'un oppresseur.
« Tout serait perdu, si le même homme, ou le même corps des principaux, ou des nobles, ou du peuple, exerçaient ces trois pouvoirs ; celui de faire des lois, celui d'exécuter les résolutions publiques, et celui de juger les crimes ou les différends des particuliers. »
Notre autre ami Montesquieu, supporteur des Girondins de Bordeaux avant l’heure, avait ajouté la couleur France par cette formule restée célèbre : « Pour qu’on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir.»
Et notre vénérable, car inspirée des travaux de la franc-maçonnerie, Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789 d’enchaîner en son article 18 : « Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n'est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution.
L’article 5 de la Constitution de le V° République, de 1958, a apporté une dimension intéressante, car elle instituait un chef de l'Etat doté de larges pouvoirs. La séparation des pouvoirs, c’était ainsi de se placer au dessus du jeu politique, car si le même parti contrôle l’exécutif et le législatif, la fameuse séparation des pouvoirs devient de la bouillie pour les chats. Encadrez donc, chères amies et chers amis, cet article 5 : « Le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'Etat. »
Michel Debré, rédacteur de la Constitution, avait expliqué : « Si vous me permettez une image empruntée à l’architecture, je dirais qu’à ce régime parlementaire neuf, il faut une clef de voûte. Cette clef de voûte, c’est le président de la République. Faute d’un vrai chef d’État, le gouvernement, en l’état de notre opinion, en fonction de nos querelles historiques, manque d’un soutien qui lui est normalement nécessaire. Le président de notre République est, dans notre France où les divisions internes ont un tel pouvoir sur la scène politique, le juge supérieur de l’intérêt national. »
Charles de Gaulle de la Boisserie, principal bénéficiaire, avait proclamé : « Le président de la République ne saurait être confondu avec aucune fraction. Il doit être l’homme de la nation tout entière, exprimer et servir le seul intérêt national. »
Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy nomme les dirigeants de l’UMP, règle les détails de la campagne pour les européennes, et va présider une importe réunion de l’UMP.
Je suis donc rassuré. Sarkozy n’est pas devenu président, il est juste resté militant de l’UMP. Les choses sont plus claires. Et si Sarkozy voit que sa politique ne marche pas, je lui conseillerais simplement de lire la Constitution… et de devenir Président au sens de l’article 5, au lieu, au rythme de deux discours par jour, de s’accrocher à tout ce qui bouge. C'est une régle qui puise sa source à Athène dans le berceau de la démocratie: le pouvoir solitaire ne mène pas loin.