BOUTEFLIKA À CARACAS, à NEW YORK ET A LA HAVANE




La rentrée diplomatique du chef de l’État s’annonce très importante comme l’indiquent les noms des pays où il se rendra, à savoir le Venezuela, les États-Unis et Cuba.

Abdelaziz Bouteflika a quitté Alger hier à destination de New York, à la tête d’une importante délégation, pour participer aux travaux de la 64e session de l’Assemblée générale de l’ONU. Ce déplacement, incertain à une certaine période, revêt une importance particulière pour la diplomatie algérienne qui compte bien la mettre à profit pour améliorer ses relations avec l’Administration Obama. Jusqu’à maintenant, entre Alger et Washington, c’est pratiquement le flou total et le moment semble opportun pour éclaircir la situation, d’autant que le nouveau patron de la Maison-Blanche donne l’impression d’être en quête de nouveaux appuis dans le continent africain. La visite-surprise dans la capitale algérienne, en avril dernier, de l’émissaire américain pour le Proche-Orient, George Mitchell, pour consultations, était un signe qui ne trompe pas sur l’importance qu’accordent les États-Unis à l’Algérie dans la région. Limitant habituellement leurs consultations sur le conflit du Proche-Orient à quelques rares pays arabes, notamment l’Égypte, l’Arabie Saoudite et la Jordanie, les Américains ont cette fois-ci dérogé à la règle en venant prendre l’avis d’Alger, dont la position sur la question marquée par de bons rapports avec le Feth et le Hamas de Khaled Mechaal intéresse Washington à plus d’un titre. Le seul hic, c’est l’absence de réaction algérienne à la demande américaine adressée aux pays arabes pour une normalisation avec l’État hébreu, conformément au discours de Barack Obama au Caire.

Alger, nouvel appui des Américains en Afrique ?
Cette nouvelle vision américaine pour la région et le continent africain, confirmée par la nouvelle secrétaire d’État US aux Affaires étrangères, Hillary Clinton, constitue une opportunité à ne pas rater pour la partie algérienne désireuse d’améliorer ses rapports avec les États-Unis, d’où l’importance de cette visite du président Bouteflika à New York. C’est l’occasion d’établir des contacts concrets pour repartir sur de bonnes bases et montrer aux Américains que l’Algérie peut constituer le postulant à un nouvel appui qu’ils semblent rechercher en Afrique. En effet, outre l’Afrique du Sud, qui est le pays sur lequel Washington s’appuie pour contrôler la partie inférieure du continent africain, l’Algérie peut jouer ce rôle dans la partie septentrionale de l’Afrique et le moment serait idéal pour postuler cette mission sauf si la polémique sur l’installation d’une base US dans le Sud algérien risque de compromettre les chances d’Alger à un rôle beaucoup plus accru dans la feuille de route de la Maison-Blanche.
Les analystes estiment que la nouvelle Administration américaine est en quête d’un nouveau leader dans cette partie du monde, en remplacement de l’Égypte, dont les rapports avec les États-Unis ne sont pas au beau fixe, comme en témoigne cette absence de soutien US au candidat égyptien au poste de directeur général de l’Unesco, lequel au bout de quatre tours n’a pu obtenir la majorité requise pour être élu. Il ne fait aucun doute que si les États-Unis voulaient le propulser à cette fonction, ils auraient certainement usé de leur influence pour le faire élire. C’est un signe qui ne trompe pas sur l’état aujourd’hui des relations américano-égyptiennes, qui sont loin d’être au beau fixe. Aussi, Alger s’attelle depuis quelque temps à ne pas adopter des positions susceptibles de provoquer des accrocs avec Washington, comme ce fut le cas dans l’affaire de l’agent de la CIA en poste à l’ambassade américaine en Algérie, qui a été accusé de viol. Les Algériens n’ont pas accordé une importance démesurée à cette affaire, ce qui n’a pas déplu à la partie US. Par ailleurs, il y a lieu de rappeler que le président Bouteflika avait fait preuve de sagesse, il y a de cela deux années, en omettant volontairement de se rendre au Venezuela dans le cadre d’un voyage similaire à celui-ci, parce qu’il existait une certaine tension entre Caracas et Washington.

Le rôle de l’Algérie dans les Non-Alignés et le marché pétrolier
Ceci étant, aux yeux des Américains, qui s’intéressent de très près au renouveau du mouvement des Non-Alignés, dans lequel l’Algérie occupe une position privilégiée au vu de l’étroitesse de ses rapports avec ses principaux acteurs, que sont notamment le Venezuela et l’Iran, il serait préférable de profiter de cette position. Depuis la création de ce mouvement, qui préconise désormais une autre voie que celle des États-Unis, après avoir plaidé pendant plusieurs décennies contre un alignement sur les deux superpuissances de l’époque qu’étaient les États-Unis et l’ex-URSS, la diplomatie algérienne a de tout temps été considérée comme l’un de ses éléments moteurs. Washington, qui est le chef de file de la mondialisation, ne verrait pas d’un mauvais œil si les Non-Alignés tempèrent leurs positions. Le rôle de Téhéran, Caracas et Alger sur le marché pétrolier est loin d’être négligeable, d’où l’importance que représente notre pays pour l’administration Obama. Il n’en demeure pas moins que, cette fois-ci, le président Abdelaziz Bouteflika se rendra au Venezuela dans le cadre des échanges de visites avec son homologue vénézuélien Hugo Chavez, qui s’est déplacé récemment à Alger, où il a été question d’accords économiques importants.
À Caracas, il sera certainement question de l’offre du président Chavez quant à la participation de Sonatrach dans les projets pétroliers du Venezuela. Les Américains, dont les relations avec le Venezuela sont moins tendues depuis l’arrivée d’Obama à la Maison-Blanche, n’y verront pas d’inconvénients. Au programme de Bouteflika figure également une visite à La Havane, sans aucun doute au leader Fidel Castro, qui s’est retiré des affaires de l’État en raison de son état de santé. Les relations algéro-cubaines, généralement excellentes dans les domaines de la santé et du sport, avec les importants échanges en la matière, seront au centre des discussions avec le président Raul Castro, lequel s’est rendu cet été dans la capitale algérienne. Là aussi, il y a lieu de faire remarquer qu’un dégel est en train de s’opérer dans les rapports entre Washington et La Havane, comme le laissent penser les dernières mesures US d’allégement de certaines procédures avec ce pays.

Une importante délégation algérienne
Pour se convaincre de la portée de cette visite du chef de l’État à New York, à Caracas et à La Havane, il suffit de prendre connaissance de l’importante délégation l’accompagnant tel que cela est signalé par l’agence de presse officielle APS. Pendant son séjour new-yorkais, le Président est appelé à avoir de nombreux contacts en marge de la 64e Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies en participant, notamment à l’ouverture du débat et du dialogue de haut niveau sur les changements climatiques convoqué par le secrétaire général de l’ONU. Un sommet du Groupe des Quinze, ainsi que de nombreuses activités liées aux questions économiques et sociales et de développement durable se rapportant, en particulier, au continent africain sont inscrits au menu de Bouteflika. Notant que la tenue de cette session de l’Assemblée générale sera l’occasion, aussi, pour le président de la République d’avoir des entretiens avec ses homologues étrangers sur des questions bilatérales et internationales d’intérêt commun.