Par Aziz Farès
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Un reportage TV édifiant sur le Hezbollah au Liban m'a permis de mieux comprendre ce que représentait cette formation politique et religieuse chiite dont les liens avec l'Iran sont établis comme vérité indiscutable.
Pourtant, des ténors de la politique libanaise et non des moindres, tels que Michel Aoun, ex-Premier ministre, et son frère, des représentants influents des phalanges, des journalistes d'El Manar, des communistes, des sunnites... apportent un soutien clair et sans équivoque au Hezbollah considéré avant tout comme un parti libanais et non comme un vassal obéissant de Téhéran. Son chef Nasrallah affirme pour sa part sa liberté d'agir au nom des Libanais et des Libanaises sans être contraint d'en référer à des gouvernements étrangers. Il serait naïf d'avaler cela sans discernement.
Ce qui est frappant cependant, c'est l'unanimité faite autour du Hezbollah par des partis, chrétiens sunnites ou communistes, qui de prime abord peuvent sembler à l'opposé de l'idéologie d'une formation fondée sur la religion, l'Islam en l'occurrence.
Je ne suis pas un spécialiste du Liban dont la composante ethnique et religieuse forme un puzzle particulièrement complexe; mais je constate qu'au-delà des divergences évidentes qui ont conditionné la vie politique du Liban, un consensus existe autour de la notion de pays, de patrie.
Qu'en est-il de l'Algérie ?
Après 30 années de parti unique, un déferlement de partis a envahi la sphère politique, et surtout religieuse sans aucune base sociale ni militante.
60 formations sorties ex nihilo des entrailles du «système», financées par l'Etat, ont voulu chausser les pantoufles du FLN. L'habit était-il trop grand ?
Probablement ! Il faut reconnaître que c'est «normal». On ne s'improvise pas politicien du jour au lendemain et on ne doit pas être étonné si des individus hier encore inconnus, sans aucune expérience et surtout éblouis par leur nouveau pouvoir, n'ont pu fédérer une population absente du champ politique, la société civile en étant, quant à elle,totalement exclue.
Tout cela, chaque Algérien le sait et je ne ferai jamais à mes compatriotes l'offense de leur dire ce qu'ils savent intimement. On peut toutefois s'interroger sur les motivations qui ont animé ceux qui se qualifient de décideurs sans en assumer les conséquences. Aujourd'hui, la plus grande interrogation, du moins celle qui se manifeste de manière lancinante, c'est la démission de «la société civile» mot valise pour ne pas dire «le citoyen».
Le désintérêt pour la «chose politique», la vie citoyenne, la participation active à un projet commun nous interpelle.
Chacun voit midi à son minaret, à son smartphone, à sa chaîne de télé. Certains, et ce n'est pas une parabole, ne semblent «vivre» que pour eux-mêmes, d'autres pour Dieu, d'autres encore pour le diable sans compter ceux qui tentent de fuir.
Faut-il parler de celles qui s'efforcent de survivre dans un environnement de plus en plus hostile dans lequel les contraintes se confondent avec des «directives» venues d'Arabie, d'Iran ou du Qatar.
Nos habitudes, notre culture, nos traditions se sont effacées, remplacées par un mimétisme grotesque qui consiste à adopter un mode de vie moyen-oriental pour certains(es) ou pour d'autres à s'engouffrer dans la centrifugeuse occidentale.
Tout cela se fait à notre insu. Et comme nous n'en voyons ni n'en ressentons les effets, nous nous transformons jusqu'à ne plus être que l'ombre de nous-mêmes. La colonisation, longue et dramatique de notre pays, si elle s'est achevée en 1962, a incontestablement implanté un «logiciel» qui continue de tourner en toile de fond.
Est-il nécessaire d'étayer ce commentaire par des «preuves» que chacun connaît ?
Combien sommes-nous à dire que nous aimons notre pays en dehors des victoires en demi-teinte de l'équipe nationale de football ?
Combien sommes-nous à oser exprimer notre émotion devant une Histoire millénaire et des paysages somptueux ? Paysages assombris par ceux et celles qui dénigrent leur pays.
Il faut «oser» sans fausse pudeur dire je t'aime à ceux et celles qu'on aime. Nos parents, nos enfants, nos conjoints, nos amis(es) et aussi notre pays. Et le dire chaque jour que Dieu nous demande de le faire. Car c'est à nous de nous retrousser les manches. Sans appel interurbain à Kaboul, Téhéran, Baghdad, Paris ou Washington.
Libérons notre capacité à produire nos propres idées en nous affranchissant de la dictature d'une pensée importée comme des kiwis ou des bananes.
A. F.

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